L'autorité fédérale américaine des communications (FCC) a donné son feu vert au lancement d'un premier satellite expérimental doté d'un miroir spatial. Porté par la jeune pousse californienne Reflect Orbital, le projet vise à renvoyer la lumière du Soleil vers la Terre après le coucher du jour. Une prouesse technique qui suscite autant de promesses industrielles que de vives inquiétudes chez les astronomes et les écologistes.
Fondée en 2021 par Ben Nowack (ancien ingénieur chez SpaceX) et Tristan Semmelhack, la start-up américaine Reflect Orbital s'est fixée une mission ambitieuse : commercialiser la lumière solaire nocturne. Le concept repose sur des satellites placés en orbite basse, équipés de grands miroirs dépliables et orientables. Captant les rayons solaires alors qu'ils sont encore exposés en altitude, ces miroirs agissent comme des réflecteurs pour cibler une zone précise sur la surface terrestre plongée dans l'obscurité.
L'idée n'est pas entièrement nouvelle — l'Union soviétique avait testé le réflecteur Znamya 2 en 1993 —, mais Reflect Orbital souhaite transformer ce concept en service commercial à la demande. À terme, un client pourrait commander un « faisceau » lumineux via une simple application.
Reflect Orbital cible plusieurs marchés stratégiques :
- Énergie solaire : Poursuivre la production d'électricité des parcs photovoltaïques pendant les pics de consommation du soir, quand le soleil s'est déjà couché.
- Secours et interventions d'urgence : Éclairer des zones touchées par des catastrophes naturelles pour faciliter les opérations de recherche et de sauvetage.
- Infrastructures et industrie : Prolonger le travail sur des chantiers isolés, des zones agricoles ou des sites industriels sans avoir à installer d'infrastructures lourdes au sol.
L'entreprise indique avoir déjà reçu plus de 260 000 demandes d'information de la part d'acteurs publics et privés. Les miroirs ne génèrent pas d'énergie eux-mêmes ; ils réorientent uniquement la lumière naturelle. De plus, le faisceau peut être détourné ou désactivé instantanément à tout moment pour éviter toute exposition involontaire. L'actualité du projet s'est accélérée avec la décision de la Commission fédérale des communications (FCC) d'accorder une licence d'exploitation pour le prototype Eärendil-1. Ce premier satellite de démonstration sera mis en orbite à bord d'un vol partagé de SpaceX. Si la FCC estime que l'expérimentation présente un intérêt public, l'autorisation accordée reste limitée à un unique satellite d'essai. La start-up espère toutefois valider sa technologie avant de demander le feu vert pour le déploiement d'une véritable constellation.
Malgré l'engouement financier — la start-up a levé plus de 35 millions de dollars auprès de fonds de renom comme Sequoia Capital et Lux Capital —, le projet suscite de vives levées de boucliers.
- La pollution lumineuse : Des organisations comme DarkSky et de nombreux astronomes dénoncent une dégradation irréversible du ciel nocturne. L'injection de faisceaux lumineux artificiels risquerait de saturer les télescopes optiques terrestres et d'entraver la recherche scientifique.
- L'impact sur la biodiversité : La perturbation de l'alternance naturelle du jour et de la nuit soulève de sérieuses inquiétudes quant à l'effet sur le comportement et les cycles biologiques des espèces nocturnes.
- Surencombrement de l'orbite : Le projet de déployer des milliers de satellites à terme augmente les risques de collisions spatiales et aggrave la prolifération des débris.
Si la mission Eärendil-1 apportera une preuve de concept technique, elle ouvrira également un débat juridique et éthique majeur sur la propriété et la préservation de la nuit noire.

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