La rupture politique entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko semble désormais consommée. En lançant sa propre formation, Kiiraay – Les Patriotes républicains, le président sénégalais met fin à plusieurs mois d’ambiguïté avec son ancien allié, dont le parti, le Pastef, conserve une position dominante à l’Assemblée nationale.
Cette nouvelle configuration ouvre une période d’incertitude pour le pouvoir sénégalais. Le chef de l’État entend désormais disposer de sa propre structure politique, mais cette décision intervient alors que l’appareil parlementaire reste largement contrôlé par les partisans d’Ousmane Sonko. Voici cinq questions pour comprendre les enjeux de cette nouvelle étape.
1. Pourquoi Bassirou Diomaye Faye crée-t-il son propre parti ?
Pendant plusieurs mois, le président a tenté de maintenir une forme d’équilibre entre son ancienne formation politique et ses propres ambitions institutionnelles. Cette situation devenait cependant de plus en plus difficile à tenir.
La création de Kiiraay permet à Bassirou Diomaye Faye de disposer d’un appareil politique directement placé sous son autorité. Elle lui offre également la possibilité de construire une identité politique distincte de celle d’Ousmane Sonko et de préparer l’avenir au-delà de leur alliance originelle.
2. Est-ce réellement une rupture avec Ousmane Sonko ?
Sur le plan politique, le lancement de cette nouvelle formation marque incontestablement une prise de distance. Le duo qui avait porté l’alternance au sommet de l’État apparaît désormais confronté à une nouvelle réalité : deux centres de pouvoir cherchent à s’affirmer.
La rupture ne signifie toutefois pas nécessairement une confrontation immédiate. Les deux hommes restent liés par une histoire politique commune et par des intérêts institutionnels. Mais leur séparation organisationnelle pourrait progressivement se traduire par une compétition pour le contrôle de l’appareil politique et électoral.
3. Qui contrôle réellement la majorité à l’Assemblée nationale ?
C’est l’un des principaux défis auxquels le chef de l’État est confronté. Le Pastef d’Ousmane Sonko dispose d’une forte représentation parlementaire, ce qui lui confère un poids considérable dans la conduite des affaires publiques.
Bassirou Diomaye Faye doit donc composer avec un exécutif dont l’équilibre politique ne correspond pas nécessairement à celui de son nouveau parti. La question sera de savoir si Kiiraay pourra rapidement construire une force suffisamment importante pour contrebalancer l’influence du Pastef.
4. Quel est le risque pour l’exécutif ?
La stratégie présidentielle comporte un risque évident : celui d’une division durable du camp arrivé au pouvoir. L’alliance entre Faye et Sonko avait constitué l’un des principaux moteurs de leur victoire électorale. Une confrontation ouverte pourrait fragiliser la majorité et compliquer la mise en œuvre du programme gouvernemental.
À l’inverse, Bassirou Diomaye Faye peut considérer que l’autonomisation de son camp est devenue indispensable pour gouverner sans dépendre politiquement d’une autre structure. Il s’agit donc d’un pari à quitte ou double.
5. Cette nouvelle formation peut-elle devenir une force politique majeure ?
Tout dépendra de la capacité de Kiiraay à s’implanter au-delà du cercle présidentiel. Le parti devra attirer des cadres, structurer des sections locales et surtout convaincre une partie de l’électorat qui avait voté pour le projet porté conjointement par Faye et Sonko.
Le véritable test sera donc électoral. Si Kiiraay parvient à s’imposer comme une force autonome, Bassirou Diomaye Faye pourra progressivement rééquilibrer le rapport de force avec Ousmane Sonko. Dans le cas contraire, le président risque de se retrouver à la tête d’une formation politiquement moins puissante que celle de son ancien allié.
Un nouveau rapport de force
La création de Kiiraay ouvre ainsi une nouvelle séquence de la vie politique sénégalaise. Après avoir conquis le pouvoir ensemble, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko semblent désormais devoir construire séparément leur avenir politique.
Pour le président, l’enjeu est de transformer son autorité institutionnelle en véritable force politique. Pour Sonko, il s’agit de préserver la puissance de son parti et son influence sur la majorité parlementaire.
Le Sénégal entre ainsi dans une période où la question centrale ne sera plus seulement celle de l’alternance, mais celle de la coexistence — ou de la confrontation — entre deux pôles issus du même mouvement politique.

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