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Politique

Cameroun : le pays peut-il redevenir une fédération ?

Actualité - Cameroun : le pays peut-il redevenir une fédération ?
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Le débat sur la forme de l’État camerounais n’est jamais totalement retombé. Soixante-cinq ans après l’adoption de la Constitution fédérale, le fédéralisme continue d’être présenté par certains acteurs comme une possible réponse aux tensions qui traversent le pays, notamment dans les régions anglophones. Pour ses adversaires, il s’agit au contraire d’une remise en cause de l’unité nationale.

Le 14 août 1961, le Cameroun adoptait à Yaoundé sa première Constitution fédérale, quelques mois après la réunification du Cameroun francophone et du Southern Cameroons, alors sous administration britannique. Le pays devenait officiellement une fédération composée de deux États fédérés, chacun disposant de ses propres institutions.

De la réunification au modèle fédéral

La construction de l’État camerounais s’est faite dans un contexte particulier. Le Southern Cameroons et la République du Cameroun avaient des héritages institutionnels différents, issus respectivement des traditions britannique et française.

Les discussions de Foumban, en juillet 1961, avaient précisément pour objectif de définir les modalités de leur coexistence au sein d’un même État. La délégation du Southern Cameroons, conduite notamment par John Ngu Foncha, avait rejoint Foumban pour participer aux négociations avec les représentants du Cameroun francophone.

Le compromis débouche sur la Constitution fédérale du 14 août 1961. Pendant près d’une décennie, le Cameroun fonctionne ainsi comme une fédération.

Mais cette architecture institutionnelle ne survivra pas aux transformations politiques du pays.

La fin de la fédération

En 1972, le président Ahmadou Ahidjo organise un référendum qui aboutit à la disparition de l’État fédéral au profit d’une République unie du Cameroun. Le système fédéral est remplacé par un État fortement centralisé.

Cette évolution sera ensuite consolidée sous Paul Biya, arrivé au pouvoir en 1982. Malgré les revendications exprimées au fil des années dans les régions anglophones, le chef de l’État a constamment défendu le principe d’un État unitaire.

La Constitution actuelle affirme d’ailleurs que le Cameroun est un État unitaire décentralisé.

La crise anglophone a relancé le débat

Depuis 2016, la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a profondément changé la nature du débat.

À l’origine, les revendications portées par une partie des enseignants, avocats et organisations de la société civile concernaient notamment la place de la langue anglaise, le fonctionnement de la justice et de l’administration dans les régions anglophones.

Le conflit s’est ensuite transformé en affrontement armé entre les forces gouvernementales et des groupes séparatistes réclamant l’indépendance des territoires anglophones, parfois sous le nom d’« Ambazonie ».

Dans ce contexte, le fédéralisme est revenu au centre des discussions. Pour certains, il pourrait constituer un compromis entre l’unité du Cameroun et les revendications d’une plus grande autonomie régionale.

Un fédéralisme est-il encore constitutionnellement possible ?

Sur le plan juridique, une transformation du Cameroun en fédération nécessiterait une modification profonde de l’organisation constitutionnelle de l’État.

La Constitution actuelle définit le pays comme une République unitaire et décentralisée. Revenir au fédéralisme supposerait donc de revoir cette architecture et de redéfinir les compétences respectives de l’État central et des entités fédérées.

Une telle réforme ne pourrait pas être assimilée à une simple décentralisation administrative. Dans une fédération, les entités fédérées disposent généralement de compétences constitutionnellement garanties, avec des institutions et des pouvoirs propres.

Le principal obstacle reste politique

La question est donc moins de savoir si le fédéralisme est techniquement imaginable que de déterminer si les acteurs politiques camerounais sont prêts à s’entendre sur un tel changement.

Yaoundé continue de défendre l’unité et l’indivisibilité du Cameroun. Les séparatistes anglophones, eux, réclament l’indépendance. Entre ces deux positions, certains acteurs politiques et de la société civile défendent une troisième voie : celle d’un fédéralisme susceptible de garantir davantage d’autonomie aux régions tout en maintenant l’unité du pays.

C’est précisément cette position intermédiaire qui pourrait, en théorie, constituer une piste de sortie de crise. Mais elle nécessiterait des concessions importantes de part et d’autre.

Une idée ancienne dans un Cameroun nouveau

Le fédéralisme n’est donc pas une idée étrangère à l’histoire du Cameroun. Le pays l’a pratiqué pendant une dizaine d’années avant de l’abandonner en 1972.

Aujourd’hui, son éventuel retour se heurte cependant à un contexte radicalement différent. La crise anglophone, la montée des revendications identitaires, la centralisation du pouvoir et la méfiance entre les différentes composantes de la société rendent la question particulièrement sensible.

Le Cameroun peut-il redevenir une fédération ? Juridiquement et politiquement, rien n’interdit d’imaginer une nouvelle architecture institutionnelle. Mais une telle évolution supposerait une volonté politique majeure, un consensus national et surtout un accord sur la nature exacte de l’autonomie accordée aux régions.

Plus de six décennies après la naissance de la fédération, le débat reste donc ouvert. Et derrière la question institutionnelle se pose une interrogation plus fondamentale : comment préserver l’unité du Cameroun tout en répondant aux aspirations de ses différentes communautés ?


 

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