« Le problème du poisson avarié au Cameroun ne relève plus de faits isolés, mais d’un véritable système. Un système où négligence, opportunisme et manque de rigueur transforment un aliment de base en une menace pour la santé publique. Les alertes se multiplient, tout comme les scandales, sans qu’une véritable rupture ne soit engagée », analyse le journaliste camerounais Charles Armel Mbatchou.
Selon lui, la situation est bien connue : des quantités importantes de poissons impropres à la consommation continuent d’être écoulées sur les marchés. Des opérations de saisie ont déjà eu lieu, notamment dans certaines poissonneries. En 2022, à Obala, plusieurs tonnes de produits avariés avaient été retirées de la circulation. Mais ces actions, aussi marquantes soient-elles, ne s’attaquent pas au fond du problème, qui reste structurel et largement toléré.
Les causes sont clairement identifiées : ruptures fréquentes de la chaîne du froid, équipements défaillants, conditions de stockage précaires, mais aussi une logique commerciale préoccupante consistant à écouler coûte que coûte des stocks anciens, parfois déjà impropres à la consommation. Il ne s’agit plus de dérives ponctuelles, mais de pratiques bien ancrées qui mettent en danger les consommateurs.
Les risques sanitaires sont pourtant sérieux : consommer du poisson avarié peut entraîner des intoxications graves, des infections, voire des complications importantes. Malgré les mises en garde répétées, ces produits continuent de circuler, signe que le problème ne réside plus dans le manque d’information, mais dans l’absence de sanctions réellement dissuasives.
Les actions du Ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA) — descentes sur le terrain, saisies et destructions — existent, mais leur répétition met en évidence les limites du dispositif de contrôle, jugé insuffisant, contourné ou peu rigoureux.
« Tant que vendre du poisson avarié restera plus rentable que respecter les normes, rien ne changera. Tant que les sanctions seront faibles ou appliquées de manière irrégulière, ces pratiques persisteront. Et tant que les responsabilités ne seront pas systématiquement engagées, les consommateurs continueront d’en payer le prix », conclut Charles Armel Mbatchou.

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