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Politique

Égypte : Al-Sissi promet de quitter le pouvoir en 2030, mais veut encadrer sa succession

Actualité - Égypte : Al-Sissi promet de quitter le pouvoir en 2030, mais veut encadrer sa succession
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Le président égyptien affirme que son départ à la fin de son mandat est une décision « définitivement tranchée ». Mais derrière cette promesse, il dessine déjà les contours de l’après-Al-Sissi, avec un rôle central confié à l’Académie militaire pour former les futurs dirigeants du pays.

Abdel Fattah al-Sissi quittera-t-il effectivement le pouvoir en avril 2030 ? Le président égyptien assure que oui. Lors d’une cérémonie organisée le samedi 17 octobre 2026 à l’Académie militaire égyptienne, il a affirmé que la fin de son mandat ne ferait l’objet d’aucune négociation et que la Constitution ne serait pas modifiée pour lui permettre de se maintenir à la tête de l’État.

« En 2030, mon mandat à la tête du pays prendra fin, si je suis toujours en vie. Cette question est définitivement tranchée et ne sera plus discutée », a-t-il déclaré, selon les comptes rendus de son intervention. Une affirmation destinée à mettre un terme aux spéculations sur une éventuelle prolongation de son règne. 

Au pouvoir depuis 2014, le dirigeant de 71 ans devrait alors avoir passé seize années à la tête de l’Égypte. Mais si le calendrier de son départ semble désormais clairement annoncé, les conditions de la succession qu’il envisage soulèvent d’autres interrogations.

Une Constitution déjà remaniée en 2019

La prudence reste de mise face à cette promesse. En 2019, une révision constitutionnelle approuvée par référendum a porté la durée du mandat présidentiel de quatre à six ans et permis à Al-Sissi de briguer un nouveau mandat. Le texte a également aménagé les règles de décompte de ses mandats, lui ouvrant la voie à un maintien au pouvoir jusqu’en 2030.

Réélu en décembre 2023, le président affirme désormais qu’il ne cherchera pas à prolonger son séjour au palais présidentiel au-delà de cette échéance. Il a réitéré son opposition à toute nouvelle modification constitutionnelle destinée à repousser la date de son départ. 

Cette déclaration intervient dans un contexte où les promesses antérieures du chef de l’État n’ont pas toujours dissipé les doutes sur ses intentions politiques. Son annonce constitue donc un engagement politique fort, mais sa concrétisation ne pourra être appréciée qu’à l’approche de 2030.

L’Académie militaire au cœur de l’après-Al-Sissi

L’autre volet du discours présidentiel concerne la préparation de la relève. Al-Sissi propose de confier à l’Académie militaire égyptienne un programme de formation de trente mois destiné à préparer une nouvelle génération de responsables publics, parmi lesquels pourraient figurer de futurs candidats à la présidence.

Le dispositif viserait notamment des titulaires de doctorat âgés de 40 à 50 ans, diplômés d’universités égyptiennes ou étrangères réputées. Selon les éléments présentés par le président, plusieurs centaines de personnes, jusqu’à un millier, pourraient être concernées. Les participants seraient formés aux questions relatives à l’État, à ses ressources et à leur protection.

Une commission, placée sous la supervision du président du Parlement et associant notamment des personnalités intellectuelles et politiques ainsi que les ministres de l’Enseignement supérieur et de la Justice, devrait définir les critères de sélection et préparer le cadre législatif du programme. L’armée en financerait le coût. 

Le président présente cette initiative comme un moyen de préparer des dirigeants capables d’assumer les plus hautes responsabilités. Il assure que les Égyptiens pourront choisir parmi les personnes formées. Mais les modalités précises de leur éventuelle candidature et les garanties d’indépendance du processus restent à clarifier.

Une succession préparée sous l’influence de l’armée

C’est là que se situe le principal enjeu politique. Ancien chef de l’armée, Al-Sissi est arrivé au pouvoir après le renversement du président Mohamed Morsi en 2013, dans la foulée de manifestations massives. Depuis, les forces armées ont conservé une place majeure dans la vie politique et économique du pays.

En faisant de l’Académie militaire un acteur central de la préparation des futurs dirigeants, le chef de l’État entend institutionnaliser la formation de la relève. Cette orientation pourrait toutefois renforcer le poids de l’institution militaire dans un processus qui, dans une démocratie pluraliste, devrait également dépendre de la compétition politique, de la liberté de candidature et du choix des électeurs.

Des observateurs estiment que ce projet s’inscrit dans une logique de continuité du système en place : même si le président quitte ses fonctions, les mécanismes de sélection et les institutions qui structurent son pouvoir pourraient conserver une influence déterminante sur son successeur. Cette lecture demeure une analyse politique, et non la preuve qu’un successeur aurait déjà été choisi. 

Partir en 2030, mais à quelles conditions ?

Al-Sissi affirme qu’il ne laissera pas l’État égyptien sans avoir préparé des femmes et des hommes capables d’en assumer la direction. Il rejette également les soupçons selon lesquels il chercherait à favoriser un membre de sa famille pour lui succéder.

Reste une question essentielle : qui déterminera les critères de compétence, qui sélectionnera les futurs dirigeants et quelle place sera laissée aux forces politiques indépendantes ? La formation de cadres ne garantit pas, à elle seule, une succession ouverte et compétitive.

La déclaration du 17 octobre marque donc une étape dans la préparation de l’après-Al-Sissi, sans en lever toutes les incertitudes. Le président promet de partir en 2030. Mais son projet suggère qu’il entend aussi contribuer à définir le profil de ceux qui pourraient lui succéder — et, plus largement, les conditions dans lesquelles s’organisera la transition politique égyptienne.


 

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