Promulgué le 4 janvier 2026 par le chef suprême Hibatullah Akhundzada, le nouveau "Règlement de procédure pénale pour les tribunaux" de l'émirat islamique d'Afghanistan vient d'être rendu public. Ce texte de 119 articles marque un tournant radical en légalisant de fait les violences domestiques, tant qu'elles ne laissent pas de traces indélébiles.
L'une des dispositions les plus alarmantes réside dans l'article 32 de ce nouveau code. Le texte reconnaît désormais aux maris le droit d'infliger des "sanctions discrétionnaires" à leurs épouses. La violence physique n'est plus considérée comme un crime, sauf si elle entraîne des fractures osseuses, des plaies ouvertes, des lésions graves nécessitant une intervention médicale immédiate. En deçà de ces seuils, les coups sont juridiquement tolérés comme une forme de "discipline" domestique.
Si toutefois une femme parvient à prouver des blessures graves devant un juge (une tâche quasi impossible sans le témoignage d'un tuteur masculin) la peine encourue par le mari n'est que de 15 jours de prison.
La hiérarchie des peines dans ce nouveau code illustre la place accordée aux femmes dans la société afghane sous le régime taliban. À titre de comparaison, le même texte prévoit des sanctions bien plus lourdes pour des infractions jugées plus "socialement graves" :
- Violence conjugale (avec blessures graves) : 15 jours de détention.
- Organisation de combats d'animaux : jusqu'à 5 mois d'emprisonnement.
Le texte ne se contente pas d'autoriser la violence ; il verrouille également les issues de secours pour les victimes. L'article 34 criminalise désormais le fait pour une femme de se réfugier chez ses parents ou ses proches sans l'autorisation de son mari.
Si une femme quitte le domicile conjugal à plusieurs reprises sans consentement, elle risque trois mois de prison. Les proches qui l'hébergent pour la protéger peuvent également être poursuivis. En supprimant ce dernier filet de sécurité, le code pénal enferme les femmes dans un cycle de violence dont elles ne peuvent plus s'extraire légalement.
Le nouveau règlement (notamment l'article 4) délègue aux maris et aux "maîtres" le pouvoir d'administrer des punitions dites tazir (discrétionnaires). Cette délégation de la force transforme le foyer en une zone de non-droit où la sécurité des femmes dépend uniquement du bon vouloir de leur tuteur.
Les organisations internationales, dont les Nations Unies, dénoncent une codification de l'apartheid de genre, où la loi ne sert plus à protéger les citoyens, mais à structurer une hiérarchie patriarcale absolue par la contrainte physique.

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